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La musique, sa place dans notre quotidien

 


 

Selon Sloboda, il est difficile de s’approprier une musique sans s’impliquer sur le plan émotionnel. Ce que l’enseignement académique de la musique ne semble pas avoir intégré, la majorité de ce qui est enseigné étant des éléments techniques, structurels de la musique. Ce qui pousse la plupart des individus à participer à une activité musicale est que la musique a la capacité de susciter des émotions profondes et riches de sens. Ainsi, les expériences musicales quotidiennes peuvent engendrer, évoquer ou accroître des émotions comme la joie, la tristesse. La musique a la capacité de rehausser notre activité émotionnelle, même lorsqu’elle n’est pas familière à l’auditeur.

Quels auditeurs ?

L’écoute musicale provoque des émotions que l’auditeur soit musicien ou non. Même si des constantes ont été observées dans la façon dont nous traitons les messages musicaux, des variables interindividuelles sont néanmoins à souligner. En effet, nos réactions face à la musique seront différentes d’abord parce que nous sommes des auditeurs différents (musiciens, non musiciens, jeunes ou moins jeunes, de culture occidentale ou asiatique, malade ou pas, familiarisés ou pas à l’écoute de musiques).

Quelles musiques ?

Les musiques familières, connues de l’auditeur ne sont pas traitées de la même façon par notre cerveau que les musiques que nous n’avons jamais entendues. Notre cerveau percevra plus vite les musiques qui nous sont familières que celles qui nous sont inconnues.

Si en plus d’être connues, ces musiques nous sont particulièrement chères, que nous les apprécions plus que d’autres, la rapidité avec laquelle nous les reconnaîtrons sera encore plus importante. Elles raviveront nos souvenirs de façon très précise.

Les musiques que nous ne connaissons pas ou celles qui ont été construites de façon artificielle pour des tests en psychologie cognitive musicale ne génèrent pas en nous la même intensité émotionnelle que celles que nous connaissons et qui nous renvoient à un souvenir.

Musique et cognition

La musique est un phénomène perceptif et cérébral comme peut l’être l’odeur ou la couleur. Il s’agit d’établir un rapport entre les caractéristiques physiques ou acoustiques du son musical  (évolution temporelle, transitoires, analyse spectrale et fréquences) liées aux paramètres de la stimulation de l’oreille et les caractéristiques psychologiques ou musicales (hauteur, timbre, tonalité, consonance, dissonance, harmonie) qui elles sont liées aux attributs de la sensation auditive. La sensibilité générale à la hauteur et les caractéristiques métriques sont évidentes très tôt dans l’enfance. Les nourrissons peuvent distinguer les caractéristiques musicales pertinentes sans égard aux frontières culturelles jusqu’à environ l’âge 10 mois. Après cet âge, les enfants occidentaux commencent à réagir différemment aux structures musicales de leur culture d’origine par rapport à des échelles culturellement familières.

Même si la musique et les mathématiques se côtoient depuis la nuit des temps, ce n’est que récemment que la musique a sérieusement été entreprise par les sciences cognitives, et les neurosciences. Les questions qui ont fait l’objet de travaux de recherche sont diverses et les tentatives d’explications le sont tout autant.

Parmi ces nombreuses interrogations:

  • Y a t – il un cerveau musical ? Le traitement musical est-il indépendant du traitement verbal ?

Isabelle Peretz, (2001) et ses collaborateurs proposent un modèle modulaire de la mémoire musicale sémantique distinguant paroles et musique. Selon ce modèle conceptuel,  les processus de la musique peuvent être séparés des autres systèmes de traitements auditifs.

La mémoire verbale et la mémoire musicale seraient indépendantes l’une de l’autre allant dans le sens de travaux indiquant une spécialisation hémisphérique droite pour la musique montrant que les connaissances tonales sont implicites, ou automatiques, acquises par l’expérience d’écoute musicale et donc ne nécessitent pas une formation spécifique en musique. Des cas d’un non-musiciens avec des problèmes de compréhension du sens des mots incapables de nommer des airs familiers mais encore capable de chanter avec eux, continuant à chanter des paroles de chansons lorsqu’il y était invité. Des cas de personnes atteintes damusies permettent aussi de postuler pour un fonctionnement du traitement musical par notre cerveau différencié du traitement d’informations verbales.

Au contraire, d’autres (Besson, Chobert, & Marie, 2011; Koelsch, 2011; Patel, 2008; Patston & Tippett, 2011; Strait & Kraus, 2011) suggèrent que les domaines musicaux et verbaux partagent des composantes communes, un fonctionnement de chevauchement pour la musique et la languedes régions cérébrales communes (Jentschke, Sallat, & Friederici, 2008; Gunter, Wittfoth, & Sammler, 2005).

 

  • En quoi la musique peut – elle nous être bénéfique ?

 Nous faisons l’expérience dans notre quotidien, de notre mémoire musicale. Nous mémorisons plus facilement un air musical, une mélodie qu’une conversation ou une parole (à moins que celle-ci nous ait particulièrement émue).

Les publicitaires (encore eux) l’ont bien compris puisqu’ils construisent leurs messages publicitaires en associant une musique de fond, une chanson, une mélodie au slogan et au nom de la marque à retenir.

De nombreux travaux en psychologie cognitive se sont également intéressés aux rapports entre musique et mémoire humaine. Notamment dans le cadre de maladies neurodégénératives touchant principalement la mémoire, telle que la Maladie d’Alzheimer et autres syndromes démentiels. En effet, les maladies démentielles ont permis certaines découvertes sur la manière dont nos connaissances musicales sont organisées par notre cerveau.

Écouter de la musique ou pratiquer d’un instrument de musique améliore nos performances cognitives. Elle stimule les performances intellectuelles, en plus de nous être agréable. Une étude a montré qu’écouter une musique joyeuse induit un état d’humeur et d’éveil optimal qui conduit à une plus haute performance à des tests cognitifs. Les bénéfices sur les performances cognitives (pliage de papier, apprentissages de nouvelles informations), sont d’autant plus importants lorsque la musique écoutée est particulièrement appréciée. Si l’écoute musicale passive a un effet à court terme, jouer d’un instrument de musique a une action puissante et durable sur notre cerveau et sur notre capacité d’apprentissage.

Cette influence de la musique sur nos apprentissages non musicaux est d’autant plus grande chez les enfants dont le cerveau bénéficie d’une plus grande plasticité cérébrale et donc plus malléable. Un transfert de compétences entre capacités musicales et non musicales a clairement été démontré. Les musiciens sont meilleurs dans beaucoup d’activités non musicales que les non musiciens. Cela dit, l’effet de la musique n’est pas direct et n’a rien de magique, tout du moins chez les enfants ou adolescents. Le bénéfice est lié au fait que la pratique de la musique améliore différentes processus cognitifs tels que l’attention, la mémoire, la concentration, la rigueur et la coordination sensori-motrice.

Alors que chez les personnes âgées, les bénéfices sur les comportements sont immédiatement observés, sans effet secondaire. C’est un apaisant ou stimulant naturel.

  • Qu’est – ce qui influence nos préférences ou pré – dispositions à écouter de la musique ?

      La culture ?

Notre goût pour la musique est dépendant de plusieurs facteurs parmi lesquels le  facteur culturel. En effet, le fait que le morceau musical soit connu par l’auditeur implique que sa structure est attendue et un traitement donc plus rapide. Une série d’études a montré l’influence du milieu culturel sur la perception des accords des notes, un avantage évident pour des stimuli culturellement familiers  chez les enfants et les adultes si l’acuité perceptive différait par l’âge et la formation (Lynch et Eilers). Ils ont constaté que les effets de l’inculturation sont apparus plus clairement après l’âge d’un an. Depuis notre naissance, nous  acquérons, les paramètres de la musique de notre culture. Tout au long de notre vie, cette connaissance implicite engendrera en nous des attentes. De manière inconsciente, nous anticipons sans cesse ce qui va suivre et ce qu’on appel « l’attente musicale ».

            Parce que les structures musicales diffèrent d’une culture à l’autre (différence de sons due aux instruments utilisés, différences d’agencement …), et que notre oreille et notre cerveau s’adaptent plus ou moins aux sons nouveaux, notre attirance pour la musique ne peut pas être constante et absolue. Il est d’ailleurs plus juste de parler des musiques plus que de La Musique. Il y a une grande – et souvent spécifiques à la culture – diversité des pratiques musicales différenciée en partie par la forme, le timbre, la hauteur, le rythme, et d’autres éléments structurels. Les interactions musicales situées dans un contexte culturel donné influencent les réponses humaines à la musique dès la première année de vie.

Malgré la diversité du monde des cultures musicales, la majorité des recherches en psychologie cognitive et en neuroscience cognitive de la musique a été réalisée sur des sujets et des stimuli de la musique des cultures occidentales. Des travaux en sociologie se sont penchés sur la question en étudiant le rôle de l’inculturation de la cognition et de la perception musicale. Les auteurs (Morrison et Demorest) de ces études se sont demandé dans quelle mesure les influences culturelles sont prises en compte dans le fonctionnement du cerveau. Explorer la cognition musicale du point de vue culturel conduira à une meilleure compréhension des processus  sous – jacents de la perception et la façon dont ces processus donnent lieu à la diversité mondiale des formes de musique et des expressions.

      L’âge ?

Notre attraction musicale dépend également de la tranche d’âge dans laquelle nous nous trouvons. Le jeune âge favorise statistiquement notre goût pour l’écoute musicale. Plus on avance en âge, moins nous en écoutons et moins nous aimons en écouter.

      L’expérience musicale ?

Il est avéré aujourd’hui que l’expérience musicale joue un rôle majeur dans certaines de nos activités et dans la préservation de certaines capacités dans des maladies neurodégénératives.

  • Comment les neurosciences abordent – elles la question de notre rapport à la musique ?

Une grande partie de la littérature des recherches ayant étudié les  processus de développement musical et la cognition de la musique rapporte  des données collectées à partir d’une gamme de participants généralement enculturé dans les sociétés d’Asie occidentale. De même la plupart du matériel utilisé à ce jour dans la recherche sur la musique comprend principalement soit d’une collection limitée de traditions musicale ou de stimuli musicaux dépouillés pour isoler un paramètre spécifique dans la mesure où une association culturelle particulière est retirée. Bien que les conclusions de ces études puissent être valides à travers une variété d’interactions musicales, ce n’est que par l’étude comparative d’un large éventail de traditions musicales et des auditeurs que nous pouvons commencer à tirer des conclusions plus généralisables sur la pensée musicale de l’homme.

Musique et émotions

Ainsi, la fonction émotionnelle de la musique est plus souvent utilisée que nous ne l’imaginons. Prenez par exemple les séquences monographiques.  Lorsqu’il s’agit de faire vivre l’émotion d’une scène, celle-ci est très souvent associée à une musique de fond afin d’amplifier l’effet émotionnel attendu.

Voyez plus tôt par vous – même, ou plutôt écoutez !

Peur                               Tristesse

    La musique fait partie de la mise en scène cinématographique et publicitaire. Je vous invite à compter le nombre de publicités qui ne comportent pas de musique. Vous risquez d’être surpris de voir que très peu de spots publicitaires sont dénués de musique. La musique est partout dans notre quotidien aujourd’hui plus qu’il y a 30, 40 ou 60 ans de cela. Elle est utilisée pour susciter nos émotions afin d’induire chez nous un comportement bien précis (acheter, pleurer, rire) notamment à travers les messages publicitaires télévisés et radiophoniques.

Lorsque nous écoutons des musiques que nous aimons, les zones cérébrales les plus actives sont celles impliquées dans le circuit de la récompense et de l’éveil (structures habituellement actives en réponse à des stimuli euphorisants comme le sexe, certains aliments ou certaines drogues).

Tandis que les musiques tristes ont sur nous pour effet d’activer une autre structure : l’amygdale, (également active lorsque nous regardons un film d’horreur illustré par une musique angoissante).

Les émotions que nous éprouvons à l’écoute de musiques sont quasi instantanées. Elles arrivent en quelques centaines de millisecondes après le début de l’écoute, aussi vite que le réflexe de peur devant un danger.

Et c’est parce que la musique agit directement sur nos émotions que nous la sollicitons autant.

Même si nous en faisons l’expérience à travers notre quotidien, des recherches ont confirmé le fait que pour induire une émotion spécifique (par exemple la joie), il était nécessaire que le morceau possède des caractéristiques structurales précises (un air en majeur au tempo rapide). Ainsi, le même air joué en mode mineur au tempo lent induira de la tristesse.

Passons à la pratique ! Ci-dessous, trois versions d’un même morceau interprété par la même artiste mais avec des instruments différents dans un rythme différent, un contexte également différent. Faites l’expérience d’écouter ces trois versions jusqu’au bout et notez la différence d’émotions que chacune vous procurera….

Version enregistrée en studio

Version harmonique (acoustique confinée).

Version en concert (un peu long mais allez jusqu’au bout, vous ne le regretterez pas).

Parce que nous sommes aussi influencés par notre culture musicale, le plaisir que nous éprouvons à l’écoute d’une musique émane aussi de la capacité extra ordinaire que le musicien a d’apaiser notre tension intérieure due à nos attentes musicales. Le plaisir que nous éprouvons est le fruit d’un équilibre subtil entre l’effet de surprise à l’écoute de certaines notes d‘un morceau que nous découvrons, et l’effet attendu provoqué par d’autres notes. Si l’auditeur parvient à prévoir à tous les coups ce qui va suivre, il trouvera la musique ennuyeuse. Si au contraire, il est surpris en permanence par des violations harmoniques, il éprouvera une sensation désagréable, car son amygdale cérébrale s’active. Plus ces attentes se multiplient, plus forte sera l’émotion liée à la résolution de ces tensions.

Essayons avec une autre musique d’influence orientale. Un titre que les personnes ayant baignée dans la culture orientale connaissent bien, un classique de la chanson marocaine. Je vous laisse découvrir ce titre qui été repris par différents interprètes avec des sonorités (certains instruments figurant différemment selon les versions), des voix et un écho qui varient.

Version live (en concert avec des sonorités jazz, trompette, batterie, guitare électrique….absents dans la version originale ci-dessous), voix interprète masculine.

 Version studio, voix interprète masculine

Version live (en concert), voix interprète féminine (je ne vous influencerai pas en vous confiant la version qui active le plus mes émotions…).

Un dernier test avec cette fois-ci une musique occidentale traditionnelle. Un classique de la chanson occidentale repris lui aussi par différents interprètes, accompagnés d’instruments variés selon les versions. Encore une fois, vous risquez de ne pas être soumis aux mêmes effets émotionnels selon les versions. Je vous laisse juger par vous-même.

Version live (en concert), voix interprète féminine (rythme rapide)

Version studio (originale), voix interprète masculine (rythme lent)

Version live (en concert), voix interprète masculine (rythme rapide)

Musiques et  socialisation

La musique est souvent considérée  comme une première entrée dans une culture et une source de points communs entre les cultures. La notion de la musique comme une « langue universelle » a gagné l’acceptation populaire. Elle est présente sous certaines formes dans presque toutes les sociétés et la preuve de son existence semble remonter bien avant histoire. Cross (2007) propose qu’une « intentionnalité  flottante » de la musique offrant des espaces conceptuels et sociaux dans lesquels les imaginations individuelles et collectives peuvent avoir lieu ». La capacité de la musique à accueillir de multiples interprétations peut avoir facilité la négociation entre les sociétés humaines primitives. De plus, un petit nombre de styles et de genres musicaux ont gagné en popularité (ou au moins visibilité) à travers un grand nombre de sociétés du monde.

La musique est un facteur incontestable de cohésion sociale. Cette position est bien entendue discutée par certains. L’utilité de la musique s’observe à l’échelle de l’évolution de l’espèce humaine. La musique est utilisée pour transmettre des savoirs, pour réunir des foules (concerts, séances de transe collective, célébrations), et permet de s’identifier à une classe d’appartenance sociale (besoin d’appartenance des adolescents). Ce besoin d’appartenance irait jusqu’à la manifestation biologique, neurophysiologique, puisque plusieurs joueurs jouant d’un même instrument pour un même morceau, plusieurs fois, les uns avec les autres auraient les ondes cérébrales de leur cerveau qui se synchroniseraient en vue de jouer de façon simultanée (Institut Max Planck et l’université de Salzbourg, 2009).

Un peu de culture générale…..mais pas trop quand même !

….Origines de la musique…

La musique existe depuis que l’homme est homme et a précédé le langage verbal au sens linguistique du terme (double articulation). Il est difficile de dater son arrivée mais on sait de source sure que la musique qui se compose de mélodie (agréable ou désagréable étant la succession de hauteurs) et de rythme (lent ou rapide déterminant la durée des notes les unes par rapport aux autres) est un art ancestral qui ne ressemblait pas du tout à la musique que nous connaissons aujourd’hui. Cela dit, comme aujourd’hui, elle traduisait des sentiments, émotions élémentaires dont les peuplades d’Afrique et d’Amérique porte encore les traces. Chaque culture et chaque continent possède sa culture musicale (musique traditionnelle occidentale, musique classique occidentale, musique Arabique, musique d’Asie, d’Afrique du Nord, d’Afrique noir, d’Amérique latine, d’Amérique du Nord) qui se singularise par ses instruments, par ses sonorités, ses chantes, ses danses (musique du corps), ses notes et ses structures mais aussi et surtout _ et les scientifiques (anthropologues, ethnologues musicologues, neurologues, psychologues, musicologues) de la musique oublient bien trop souvent de le souligner_ par les relations à l’émotion, à l’expression des sentiments des peuples. Violente ou douce, mélancolique ou gaie, la musique accompagnait les guerriers, permettait aux peuples d’incanter divers divinités ou éléments naturels (vent, pluie, soleil, mer, terre), et pouvait être religieuse (moyen de communication avec les démons ou les esprits) ou pas (Ludovic Tournès, Du phonographe au MP3. Une histoire de la musique enregistrée au XIXe ‑ XXIe siècle, Autrement, coll. « Mémoires/Culture » no 138, 2008).

En septembre 2008, des chercheurs mettent à jour dans la grotte de Hohle Fels en Allemagne trois flûtes en ivoire de mammouth, en os de cygne et en os de vautour. Cette dernière est datée par la méthode du Carbone 14 à plus de 35 000 ans, ce qui en fait le plus vieil instrument de musique dans le monde. Notre cerveau est donc depuis toujours disposé à l’entendre, à l’écouter, à l’interpréter, à la ressentir et à l’exprimer. Elle a depuis « la nuit des temps » été un élément fédérateur de liens sociaux dans les cultures ancestrales et certains instruments sont même proscrits dans certaines religions monothéistes pour leurs effets enivrants.

 

Musiques, chansons et religions monothéistes

Par exemple, certains textes appartenant à la religion musulman (troisième religion monothéiste révélée) proscrivent l’écoute de musique et de chansons pour ses effets potentiels secondaires sur notre état de conscience. En effet, les instruments à vents, par exemple, produisent des sons spécifiques que d’autres instruments ne produisent pas et qui touchent certaines régions corticales et sous-corticales agissant directement sur nos émotions, sur notre état de conscience et de maîtrise de soi. Chez les sujets les plus sensibles (récepteurs aux sons), l’effet enivrant de la musique ne se limite pas aux instruments à vent, mais peut s’étendre au son de la voix, aux instruments à corde. Dans La religion judaïque le chant apparaît comme intrinsèquement lié à la prière, à la divinité, à la relation au Créateur, à sa présence. Dans la religion catholique et chrétienne, la musique et le chant sont utilisés pour louer Dieu. Ainsi, les trois religions monothéistes et révélées n’ont pas le même rapport à la musique.

Qu’en est-il de la science (si tenté que l’on puisse séparer la science de la religion ou de la culture), de la médecine et de la musique ?

Musique et  thérapies

La musicothérapie fait partie des prises en charge non médicamenteuses centrées sur l’expression des émotions, en utilisant le son et la musique sous toutes ses formes afin de rétablir, maintenir et améliorer la santé mentale, physique ou émotionnelle du malade ». Utilisée pour des personnes souffrant de troubles du comportement, d’addiction ou d’angoisse, dans le soulagement des patients atteints de démence (type Alzheimer), de dépression.

Le développement de cette prise en charge non médicamenteuse est encore tout récent, pour ses propriétés structurales (contenu sémantique) ou pour ses propriétés autobiographiques (musiques familières contenu émotionnel).

    • Baisse de certains troubles psychocomportementaux

Les cliniciens utilisent souvent de façon informelle, dans la prise en charge des patients MA., les thérapies de réminiscence dans le cadre de musicothérapie, utilisant la reviviscence d’informations anciennes, reposant sur l’idée qu’un retour en arrière dans son propre passé émotionnel aurait un fonction adaptative en renforçant l’estime de soi, ou favorisant l’intégration dans un nouvel environnement.

Elle montre des effets bénéfiques sur la dépression, les interactions sociales, les troubles du comportement, et la capacité à rester engagé dans une activité, une baisse des troubles de l’humeur, de l’irritabilité et de l’excitabilité.

    • Traitement des troubles de mémoires dans les syndromes démentiels de type Maladie d’Alzheimer

Outre les bénéfices sur certains troubles psychocomportementaux, elle conduit à l’amélioration des capacités de la mémoire explicite chez les personnes atteintes de démence de type Alzheimer, tel que la mémoire autobiographique, la mémoire épisodique. La maladie d’Alzheimer est en autre caractérisée par un déficit de mémoire, notamment de la mémoire autobiographique. Des chercheurs ont souhaité savoir si la mémoire musicale existe, si les informations musicales de tout ordre (sémantique, épisodique, autobiographique) sont traitées différemment par notre cerveau que des informations non musicales.

En effet, certains travaux ont montré chez des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, que les souvenirs autobiographiques sont plus vivaces et plus détaillés lorsqu’ils sont sollicités par des écoutes de musiques familières et appréciées par les auditeurs « malades ». Dans une étude (M. El Adj en 2012) qui étudiait la nature involontaire des souvenirs autobiographiques évoqués par des écoutes musicales, des jeunes adultes, des personnes âgées saines et des personnes avec un diagnostic clinique probable de M.A. ont été invités à se souvenir d’évènements autobiographiques dans 2 conditions expérimentales (après avoir écouté une musique de leur choix/ ou dans le silence). En les comparants avec les souvenirs évoqués dans la condition silencieuse, ceux évoqués suite à une écoute d’un morceau de leur propre choix étaient plus précis et avaient plus de contenu émotionnel. Ils révélaient un plus grand impact sur l’humeur, avec un temps de récupération plus rapide. Ces résultats s’associent à d’autres allant dans le sens que la musique peut améliorer la performance cognitive et pourrait être utilisée dans une thérapie de réminiscence dans des maladies où la mémoire autobiographique est touchée.

    • Effets anti – douleur

La musique a aussi pour effet de réduit la douleur. Ses effets analgésiques sont démontrés depuis des plusieurs années maintenant. Cependant, difficile de dire ses effets analgésiques sont dus au plaisir qu’elle procure ou au déplacement de notre attention.

 

Musique et  cerveau

Une bonne perception de la musique nécessite avant toute chose un bon fonctionnement de notre appareil auditif.

Appareil Auditif

Ce qui est une condition nécessaire n’est pas suffisant.

Une fois que les sons ont passé la barrière de l’oreille, ils sont ensuite interceptés par notre cerveau. Le traitement cérébral de la musique implique des régions spécifiques de notre cerveau. La cognition musicale est distribuée dans les deux hémisphères (droit et gauche) de manière diffuse, la rendant visiblement beaucoup moins  vulnérable.

Les zones s’activeront différemment selon le caractère plaisant ou déplaisant de la musique entendue ou écoutée,

Cerveau vue d'en dessous.

selon l’activité musicale en cours (écoute passive, écoute d’une musique familière, battement de la mesure),

CartographieCérébromusicale

Jouer d’un instrument de musique modifie notre architecture cérébrale et nos ramifications neuronales. Par voix de conséquence, les musiciens experts ou non, n’ont pas les mêmes organisations cérébrales que les non musiciens. Les zones cérébrales activées dans une activité donnée sont sensiblement différente pour une même activité chez le musicien et le non musicien.

 La musique adoucit les meurs car c’est aussi une histoire d’alchimie.

La musiqueEt la Chimie

A l’écoute d’une musique apaisante,  notre cortex auditif inhibe la sécrétion d’une hormone excitante (ACTH) habituellement sécrétée en situation de stress par notre complexe amygdalien.

 

Y a t – il des généralités dans notre manière d’appréhender la musique ?

La musique peut être  vue comme à la fois une large disposition humaine et une  manifestation des processus cognitifs culturellement ancrés. De cette manière, nous pourrions voir la notion d’universalité musicale demeurant à l’intérieur de l’individu plutôt que dans la construction de la musique elle-même.

 

A suivre…

 

Auteur: Baya Sebiane

Date de création: 23 Décembre 2013

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