Search in:

Nos émotions au quotidien: à quel degré ?

 

 

J’adore, j’abhorre, donc je suis !


Tout notre quotidien est régi par nos états émotionnels, qu’ils soient positifs ou négatifs ?

Sans nos émotions nous serions incapables d’interagir, de communiquer et de nous adapter au monde dans lequel nous vivons. Elles s’expriment via des canaux tels que le visage, la tonalité de notre voix, sa prosodie et sa mélodie, les mouvements de notre corps. L’expression émotionnelle ne suffit pas à elle seule puisque elle s’associe à notre capacité à reconnaître les émotions des autres avec lesquels nous communiquons.

Photo n°1            Photo n°2         Photo n°3

  Les traitements émotionnels

Il est entendu que les images, les sons et l’association des deux ne génèrent pas la même intensité émotionnelle lorsque nous les percevons. Ajouté à cela, pour une même émotion (tristesse), il existe plusieurs manière de l’exprimer et donc de la reconnaître. Par exemple, un bébé pleure au moins de sept façons différentes. Chacun de ces sept pleurs correspond à un message différent que le bébé envoie (j’ai faim, j’ai trop froid ou trop chaud, je suis sale, j’ai envie d’un câlin, j’ai sommeil, je ne me sens pas bien, j’ai besoin de quelque chose mais je ne sais pas quoi). Les pleurs même chez l’adulte diffèrent selon les messages que nous souhaitons communiquer aux autres. Ces différences sont également valables pour le rire.

  Nos émotions et notre cerveau

Structures cérébrales sous corticales impliquées dans nos émotions

 

Ainsi, nos émotions ne sont pas en tant que telle par elles – mêmes mais grâce à ce que notre cerveau perçoit ou ne perçoit pas. Nos cinq sens captent des informations extérieures qui sont ensuite traitées par différentes régions de notre cerveau. Nos ressentis émotionnels peuvent également émaner de stimulus interne comme par exemple une réflexion personnelle. Prenons par exemple le cas d’une situation où vous êtes seul(e) et vous repenser à un événement particulier de votre journée. Vous comprenez soudainement la signification d’une parole qu’un proche vous a dit. Cette réflexion selon la nature de ces paroles peut générer chez vous une réaction émotionnelle positive ou négative. Dans ce cas, notre perception émotionnelle fait suite à une stimulation endogène. Le traitement par notre cerveau des stimulations s’effectue en termes de secondes ou de millisecondes  L’association de nos perceptions (informations visuelles et informations auditives, par exemple) amplifie les émotions que nous éprouvons ou reconnaissons.

 

Qu’est – ce qu’une émotion ?

Nos émotions se définissent par un état affectif intense caractérisé par une brusque modification physique et mentale.

 

  Existe – t -il une lecture scientifique des états émotionnels ?

  Parfois visibles et maîtrisables, elles peuvent aussi trahir notre état intérieur. Ainsi, canaliser ses émotions implique une bonne connaissance de soi, des situations qui pourraient nous mettre dans des états que l’on ne souhaite pas laisser paraître. Cela implique également une bonne connaissance du langage corporel qui est associé à nos états émotionnels. Certains spécialistes de la communication non verbale (Hugues Delmas, Eric Goulard, Olga Ciesco) utilisent le langage émotionnel facial comme support d’étude de nos émotions.

    Le risque est aussi de croire que les généralités observées, qui ne sont que des relevés statistiques, sont des vérités absolues. L’erreur donc à ne pas commettre, est d’utiliser à toutes les sauces les corrélations entre états émotionnels et langage du corps. Nous ne sommes pas tous égaux et des absences de micro-expressions émotionnelles faciales ou des micro-réactions non habituelles ne sont pas systématiquement le signe d’une tromperie ou d’un mensonge, mais tout simplement d’un fonctionnement atypique, statistiquement peu observé jusqu’alors. De plus, certaines micro-expressions varient selon les cultures.

Expressions faciales émotionnelles interculturelles

EA = Chinois
WC = Caucasiens occidentaux

Ce qui peut amener à certains malentendus quand deux personnes de cultures différentes tentent de communiquer. Une expression émotionnelle lié à la tristesse dans une culture pourrait être prise pour du dégoût dans une autre. Les représentations mentales de nos états émotionnels sont conditionnées par nos expériences antérieures et nous aident ainsi à interpréter les émotions faciales des personnes qui nous entourent.

   

A quoi servent nos émotions ?

  •   Altération de notre capacité de jugement ?

  Chacune de nos activités est colorée par l’état émotionnel dans lequel nous nous trouvons au moment où nous effectuons cette dite activité, parfois, sans même que nous nous en rendions compte. Contrairement aux philosophes anciens qui, pour beaucoup d’entre  eux, pensaient que nos émotions altéraient notre capacité de jugement: « La raison est notre meilleur juge, bien meilleur que notre sensibilité qui décide selon nos goûts et nos préférences et qui peut amener à des conduites injustes » Emmanuel Kant ; « A l’heure du choix, il n’est d’erreur inévitable que lorsque le cœur suppléé à la raison. » Romain Guillaume ; « La raison est la seule chose qui nous rend homme » René Descartes; « Les émotions polluent le raisonnement; la raison dégrade les sentiments » Romain Guillaume, les philosophes contemporains de la morale reconnaissent aux émotions une place certaine dans le jugement moral.

« Les émotions rendent compte de l’évaluation rapide, automatique et intuitive de l’aspect moral (bien ou mal) d’un évènement ou du caractère d’une personne », Jonathan Haidt.

  • Une aide précieuse à prendre des décisions 

  Notre vie entière est parsemée de dilemmes que nous nous efforçons de résoudre. Certains philosophes actuels de la morale ont tenté de se pencher sur la façon que nous avons de les résoudre. Parmi eux Joshua green et Lawrence Kholberg ont observé à travers le dilemme du levier (dilemme impersonnel) et le dilemme du pont (dilemme personnel), que selon notre degré d’implication personnel émotionnel, le choix pour lequel nous opterons ne sera pas le même, même si les conséquences sont semblables.

  Une majorité de gens trouve moralement acceptable de sacrifier une vie pour en sauver cinq dans le dilemme du levier mais pas dans celui du pont. Lorsqu’on leur demande a posteriori de justifier leur jugement, les sujets ont beaucoup de peine à le faire. Les auteurs de cette étude ont ainsi pu voir que le sens moral ne relevait pas d’un raisonnement logique mais de notre implication émotionnelle.

  Les dilemmes impersonnels sont jugés plus moralement acceptables.  Lorsque nous sommes confrontés à un dilemme personnel, nous mettons plus de temps à répondre et l’exposition de notre cerveau à un IRMf montrerait l’activation de deux réseaux: celui de notre système limbique et celui  de la mentalisation (actif lorsqu’on se met à la place d’autrui), une augmentation  d’activité de notre gyrus frontal médian, de notre gyrus cingulaire postérieur et de notre gyrus angulaire (structures impliquées dans le traitement de nos états émotionnels).

  Ainsi, lorsque la décision prise est moralement acceptable, l’IRMf montre une activité principale du cortex pré – frontal dorsolatéral, du cortex cingulaire antérieur et du cortex pariétal inférieur. Lorsqu’au contraire la décision prise est amorale, ceux sont alors le cortex pré – frontal médiane, le cortex cingulaire postérieur et le cortex temporopariétal supérieur qui s’activent.

  Ce qui pourrait être la démonstration d’une base neuronale de l’affectivité dans le jugement moral.

  • Vitale pour notre capacité d’adaptation à l’environnement

  Nos états émotionnels négatifs ou positifs sont essentiels à une bonne capacité d’adaptation. Il n’est pas nécessaire que notre état soit positif pour une bonne adaptation à notre monde environnant car même les émotions à valence négative (la peur, la tristesse, la colère) sont aussi importantes:

  – Une situation qui génère de la peur, entraîne des comportements et des attitudes qui nous permettrons d’éviter un danger potentiel.

 – La colère permet elle d’expulser ce ressenti désagréable et de libérer ainsi notre esprit pour par la suite une meilleure récupération de nos esprits et donc de notre capacité de jugement. Faut-il encore pouvoir l’exprimer, se permettre de l’extérioriser.

  • Une aide à la socialisation

Une catégorie d’émotions, les émotions dites sociales parmi lesquelles la sympathie, la honte, l’embarras, la culpabilité, la gratitude, le mépris, l’envie, la gratitude et l’envie, participent à notre socialisation. Cette catégorie participe à notre cognition sociale (sous-tendue entre autres par les neurones miroirs (Simon De Keukelaere, 2005) qui se définit comme un ensemble de compétences et d’expériences cognitives et émotionnelles qui régissent nos relations et rendent compte de nos comportements avec notre entourage social et familial. Ce qui implique quelques pré –  requis dont celui de pouvoir prendre en compte le point de vue, les intentions d’autrui et de pouvoir reconnaître les émotions d’autrui.

  • Une aide à la mémoire

 Les intrications entre la mémoire et nos émotions ne font aujourd’hui aucun doute et sont intimement liés d’un point de vue neurobiologique. Les évènements émotionnels sont mieux rappelés que les évènements neutres, illustrés entrez autres par le phénomène du flashbulb memory. De nombreux travaux ont montré que nous mémorisons bien mieux les informations (visuelles, auditives, olfactives, gustatives) que nous percevons lorsqu’elles sont associées à un état émotionnel, même si les études sont majoritairement consacrées aux émotions négatives (stress, peur) que positives (joie, amour).

  Les publicitaires l’ont bien compris. Les messages diffusés pour inciter à la consommation (photographies,  scénettes où règnent la joie et la bonne humeur, personnages souriants), ceux destinés à informer sur les dangers de la vitesse au volant (images ou scénettes violentes) sont construits en vue de générer des états émotionnels de forte intensité (positive ou négative) chez les personnes qui percevront ces messages. Le but étant de modifier les comportements en s’assurant que le message aura bien été mémorisé.

  La question est de savoir s’il y a une différence dans la qualité de mémorisation selon que l’état émotionnel est positif ou négatif. Les émotions négatives aboutissent-elles à une mémorisation plus efficace par rapport aux émotions positives ?

  La qualité de fixation de nos souvenirs dépend du type d’émotion ressentie. Si l’émotion est positive, nous retenons d’avantage d’informations en cohérence avec l’ensemble de la situation vécue avec une tendance à prendre en compte des éléments qui n’ont jamais existé. Alors que si l’émotion est négative, la quantité d’informations sera moindre mais les éléments retenus seront plus précis. Les personnes victimes d’une situation traumatisante en sont la preuve. Leur témoignage révèle qu’ils se souviennent bien plus des détails de ce qu’ils sont vécus (par exemple, l’odeur de leur agresseur, l’arme utilisée qui les menaçaient) que du contexte général (le temps qu’il faisait ce jour là, le nombre de personnes présentes).

  Cela dit, il est à noter que l’évènement positif est lié à l’image de soi. Si nous nous souvenons d’une émotion positive liée à autrui, les détails retenus ne seront pas plus nombreux que si nous nous remémorons une émotion forte négative suscitée par autrui. Là encore, il n’y a pas de règle absolue. Certaines personnes contrôlent d’avantage leurs émotions que d’autres. Ces personnes se représentent mentalement des évènements passés avec moins de détails sensoriels et contextuels, et sont émotionnellement moins engagés.

  

Que se passerait-il si nous étions dépourvu d’émotions ?

  Une insensibilité aux émotions d’autrui suffit donc à nous rendre associable. Notre capacité à nous mettre à la place de l’autre est altérée, entraînant une incapacité à discerner les intentions d’autrui et donc nous amène à adopter des comportements inappropriés au contexte. Ce qui est notamment le cas dans des maladies comme l’autisme et la psychopathie acquise.

    Les personnes privées d’une structure essentielle à nos processus émotionnels (amygdales) auront tendance à faire confiance au tout venant et à ne pas se méfier suffisamment. Elles sont encore capables d’exprimer des émotions faciales mais ne peuvent plus lire les expressions faciales émotionnelles des autres.

 

Conclusion

  Je vous propose de terminer la lecture de cet article par un test qui vous permettra d’évaluer votre capacité d’empathie avec autrui à travers l’écoute de différents sont humains véhiculant chacun une émotion précise.

  La communication d’une émotion d’un individu à un autre n’est pas la même selon que l’émotion est véhiculée par un homme ou par une femme, mais aussi selon que vous êtes un homme ou une femme. Êtes – vous plus sensibles aux pleurs d’une femme ou aux pleurs d’un homme ?

Voyez ou plutôt entendez par vous – même

Auteur: Baya Sebiane

Date de création: 15 Avril 2014

copyrightfrance-logo17